Le fric de l’UMP

Jean-François Copé est un personnage.

Qui peut se vanter comme lui d’être l’objet d’un consensus national? Quel athlète peut se prévaloir d’une telle constance dans l’effort? Celui qui promettait d’arrêter la langue de bois s’est consacré au mensonge comme on rencontre sa vocation, cultivant cette forme d’expression jusqu’à ce que sa limpidité rencontre à nouveau la vérité. Le Point, courageux journal indépendant d’investigation, jette de bien vilains soupçons sur sa gestion de l’UMP au profit de ses proches. Sans réfuter l’accusation par de vulgaires éléments matériels, JFC annonce qu’il redépose les projets de loi socialistes sur la transparence auxquels il s’est opposé, accusant ainsi tout le monde (sauf lui) d’être pas bien propre du fond de la culotte.

Mais pourquoi pas ? Après avoir bien ri au dernier spectacle de l’#UMPopcorn et applaudi Guignol à tout rompre, quittons un instant des yeux JFC, désormais sous les feux d’une enquête judiciaire, et dépassons les histoires individuelles. Comment fonctionne l’UMP? Qu’est ce que cela nous apprend des personnes qui, collectivement, y détiennent du pouvoir? Et pour avoir un point de référence, comparons au PS.

Olivier Berruyer a réalisé un travail précieux et exceptionnel en allant rechercher les budgets des partis politiques auprès des différentes instances où ils sont disponibles en raison des lois sur la transparence. Ses billets originaux sont sur son site, et les propos suivants s’appuient essentiellement sur son ouvrage. Qu’il en soit grandement remercié.

Premier élément de réflexion: l’exceptionnalisme de la situation de l’UMP :

C’est très impressionnant. La dégringolade finale, mais pas seulement: voici un parti dont les fonds propres n’ont jamais été positifs depuis 2002. C’est le seul parti politique français dans ce cas, avec peut être le Nouveau Centre, mais qui n’existe que depuis 2008, a eu une naissance compliquée et ne peut se comparer en ampleur à l’UMP. Un effort de redressement a été mené entre 2007 et 2010, mais globalement on observe une certaine tendance à vivre à crédit.

Dans le détail maintenant, et d’abord pour les recettes, comparons les comptes du PS et ceux de l’UMP:

Pour la lisibilité, Olivier Berruyer n’a pas repris la ligne de financement publique, à l’avantage de l’UMP et bien évidement en tête des recettes, mais qui ne permet pas une comparaison de gestion. De manière très intéressante, les choix en termes de recette du PS et de l’UMP sont des opposés: la première ressource du PS hors financement public est les contributions de ses élus, alors qu’il s’agit de la ligne la plus faible pour l’UMP, à un niveau négligeable. Inversement, les dons des personnes physiques ne représentent rien au PS, au point d’être quasi-nuls hors période électorale, alors qu’il s’agit de la première source de financement de l’UMP. Pour les adhérents la situation est moins caricaturale mais le déséquilibre est très fort au profit du PS. Enfin il manque une ligne sur ce graphique: l’emprunt. Nous avons vu que les fonds propres de l’UMP sont globalement négatifs, et très fortement sur la période récente.

En conclusion un premier portrait apparaît: le PS tire ses ressources de sa sphère interne: il « taxe » ses élus et demande un effort particulier à ses adhérents. L’UMP est financé de l’extérieur: par les dons de personnes physiques et par les banques. Dans la crise de financement récente, ces deux mamelles ont bien été les interlocuteurs privilégiés de l’UMP, avec une discussion sur un rééchelonnement de la dette et un « Sarkothon ».

Et les dépenses?

Premier sujet, financièrement mineur mais très révélateur: le PS passe des provisions hors élections (présidentielles principalement) et les reprend ensuite. En français, il économise les années sans élections pour dépenser les années électorales. L’UMP ne le fait pas: il dépense les années électorales et il dépense les années non électorales. A ce niveau, on ne dira même pas que l’UMP est mal gérée. On dira que les responsables de l’UMP ne se soucient pas de la gérer. Nous y reviendrons.

La Parti socialiste attribue deux fois plus d’aides financières à ses élus pour les campagnes que l’UMP. C’est la marque pour l’UMP d’une relative centralisation des compagnes. Il n’existe pas de ligne « petits fours », mais observons en revanche  la ligne « déplacements »: l’UMP dépense en 2012 QUATRE fois plus que le PS!!! Et ordinairement trois fois plus. Il s’agit d’une variable très importante car elle montre le degré de confort que les responsables de l’UMP s’attribuent alors que les finances de leur parti sont dans le rouge.

Terminons par la dépense reine: la com! Attention ça pique les yeux.

La disproportion est énorme. En vitesse de croisière, on navigue entre deux et trois fois le montant de com du PS pour l’UMP, mais dans la période récente le rapport est de un à cinq! L’UMP a-t-elle tant de choses à dire?

En vérité, on observe qu’à l’UMP, les deux dépenses hors de contrôle sont les déplacements et la communication. Compte tenu des liens entre agences de communication « proches » et dirigeants de l’UMP, disons qu’il s’agit non pas de dépenses de gestion, mais bien de dépenses de confort qui font vivre grand train toute une sphère de l’UMP, entre responsables politiques et équipe plus ou moins rapprochée. C’est si vrai que lorsque l’UMP a un temps cherché à redresser ses comptes, l’effort a porté sur ces deux seuls postes, et simplement pour les rapprocher un peu du niveau de dépenses du PS, qui arrive très bien à fonctionner avec les sommes en jeu. On notera également que les élus sont exonérés du financement de l’UMP, ce qui marque bien dans quel sens court le fleuve.

Or ce financement de la tête de l’UMP est acquis comme on l’a dit par les dons et par les banques. Dans la mesure où on a vu qu’aucun souci de bonne gestion, aucune recherche d’une vague semblance d’équilibre, n’était l’empreinte du collectif dirigeant de l’UMP, ceci amène une question: s’agit-il d’une volonté délibérée de s’en foutre, ou bien est est-ce la marque d’une relation de dépendance plus profonde?

On s’interroge aujourd’hui sur le système Copé. Mais regardons l’organisation du système Sarkozy, et par-delà les courroies de transmission la conservation de la logique d’ensemble est frappante.

Nicolas Sarkozy a mis en place pour financer sa campagne un Premier Cercle des grands donateurs. Qui paye – lourd –  a le privilège d’accéder au futur Président de la République. S’agit-il encore de dons, ou bien de monnayer son influence? Nicolas Sarkozy n’y a sans doute même pas songé, mais certain de ses donateurs ont pu se méprendre. Le soir de la victoire, en faisant une fête très privée au Fouquets, il a dédié cette victoire à la galaxie du Premier Cercle.

Comment ne pas noter que ses premières décisions en matières de finances publiques ont été une baisse historique de l’imposition de cette tranche de contribuables, payée par un fort déséquilibre du budget national? Comment ne pas noter que le Trésorier de l’UMP, chargé d’inciter et de récupérer les dons était parallèlement Ministre du Budget en charge des contrôles fiscaux (et des surtout des remises fiscales) ? Comment ne pas noter que la femme de ce ministre était conseillère fiscale de ces mêmes donateurs, venant négocier le montant de leurs impôts ?

Jean François-Copé est un personnage, mais il n’est pas exceptionnel à l’UMP. Il s’inscrit dans une certaine vision du fric à l’UMP.

 

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