Le courage donne la force tranquille

Photo AP

 

Revenons un instant sur l’enfarinage de François Hollande le premier février, en avance d’un jour sur la Chandeleur. Alors qu’un candidat se soumet à une discipline de tous les instants pour ne pas laisser de prise à la critique, une agression crée fatalement une faille dans la garde, laisse nécessairement traverser une lueur de vérité. La surprise de l’instant, la violence, fut-elle symbolique, ne se maîtrisent pas.


Réaction de F. Hollande à son enfarinage par francoishollande

 
Hollande enfariné pendant la signature de la… par BFMTV

Après un léger sursaut, il ne se retourne pas et termine la signature de la charte du logement qu’il va jusqu’à épousseter en surveillant ce qui se passe. Qu’en dire ?

La première chose qui frappe, c’est la manière d’appréhender la situation. Passée la surprise, il enregistre manifestement très vite qu’il est bombardé de farine, et que le danger principal est donc moins physique que le risque de ridicule. Il se protège en conservant le dos tourné, puis essaye de s’en tirer le moins mal possible et poursuit symboliquement ce qu’il était en train de faire. C’est d’ailleurs sur l’importance du sujet du logement qu’il s’exprime par la suite, cherchant surtout à évacuer l’incident.

C’est là que l’incident devient intéressant, car on ne va pas construire un panégyrique à François Hollande pour son courage et sa dignité qui auraient fait baver d’envie les héros de la Rome antique. Côté Hollande, une phrase résume tout: « ce sont les risques du métier ».

Et justement, Nicolas Sarkozy n’accepte pas les risques du métier.

Photo AFP

Voici Nicolas Sarkozy dans un environnement qu’on imagine globalement sécurisé, et où il se prête à un exercice d’image devant un photographe de l’AFP. Les gardes du corps lui sont tellement naturellement attachés que personne ne se soucie de leur apparition sur le cliché, alors même qu’aucun danger immédiat n’est prévisible et qu’il n’y a pas foule.  Toujours entouré de gorilles, Nicolas Sarkozyet fait en permanence l’objet d’une débauche risible de mesures de sécurité. Quand, ministre de l’Intérieur, il prenait ses vacances à Arcachon, les conversations locales tournaient avec stupéfaction sur les tireurs d’élites postés sur son toit et les gardes « filtrant » la nuit tombée le passage sur la plage devant sa villa.

Nicolas Sarkozy est un homme qui a peur.

Chacune de ses visites en province se traduit par un bouclage complet de la zone sur des kilomètres, avec mobilisation des escadres de gendarmeries de plusieurs départements à la ronde. Les moyens de la sécurité civile peuvent être monopolisés sans considération pour les drames que leur indisponibilité serait susceptible d’occasionner. Vivons-nous dans un pays en guerre civile? Qu’en aurait dit De Gaulle dont il convoque en ce moment les mânes, lui qui traversa la guerre et les attentats sans aucun dispositif de sécurité comparable?

Quant au lieu qui reçoit Nicolas Sarkozy, c’est souvent une foule venue dans des cars affrétés par l’UMP qui l’y attend. Sinon, il risquerait d’y rencontrer des gens, qui lui disent qu’ils ne l’aiment pas où qu’ils sont en désaccord avec lui. Ce sont les risques du métiers et tous les hommes politiques sont confrontés à ça en permanence, mais avec Nicolas Sarkozy rien n’est possible. Au moindre accrochage, on vire au casse toi pov’con ou au descends un peu (noter la muraille de gorilles, vous imaginez Chirac dans ces conditions?).

Aujourd’hui, dernier exemple en date, nous apprenons que Nicolas Sarkozy ne peut apparemment pas visiter un chantier sans que celui-ci ait été arrangé pour les caméras. De manière régulière dans les usines, on prend garde à ce que les militants syndicaux ne soient pas trop au premier rang. Il y a certainement là-dedans le charme surrané des villages Potemkine, qui va d’ailleurs de pair avec les annonces à répétition de politiques non conduites ou les promesses de lois déjà existantes, et avec la licence poétique des membres du Gouvernement dès qu’on entre dans le domaine des chiffres. Mais fondamentalement, il y’a d’abord la peur de devoir faire face à des gens, ce que le Président cherche à éviter en permanence.

C’est un slogan intéressant qu’a choisi Nicolas Sarkozy: le courage donne la force. Surtout venant de quelqu’un qui démontre au quotidien sa lâcheté.

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