Pour une nationalité à points

La France s’est trouvée un nouvel ennemi public numéro un. Ce n’est pas un terroriste, ce n’est pas un meurtrier, ce n’est pas un violeur. C’est quelqu’un qui menace les fondements mêmes de l’identité française : il fraude aux allocations familiales…

Deux ministres se mobilisent largement pour suivre le cas de ce charmant monsieur, boucher de son état, personnage de la petite communauté musulmane très très très pratiquante de son coin de province française, ayant plusieurs femmes à la maison qui sont voilées, qui touchent des allocations familiales de parent isolé et que accessoirement, il battrait selon les dernières rumeurs.

Ho le joli cas ! Que doivent faire les autorités face à cela ? Deux choses semblent assez évidentes : poursuivre les fraudes éventuelles aux allocations familiales, en infligeant les amendes qui vont avec, examiner si il se livre effectivement à des violences sur les femmes qui partagent sa vie et le condamner si tel est le cas, et proposer à ces femmes diverses aides pour leur permettre de prendre leur autonomie par rapport à lui.

Allons un peu plus loin. Je n’éprouve pas un amour immodéré pour les curés, et je note qu’il n’est souvent pas besoin de beaucoup les pousser pour qu’ils commencent à entrer dans une démarche de type sectaire. En l’occurrence, notre très aimé boucher hallal est clairement l’un des personnages importants d’un petit monde plus ou moins intégriste et je serais extrêmement surpris que l’on n’y rencontre pas toute la palette des pressions sociales et morales extrêmement fortes qui emprisonnent les personnes dans une secte avec leur propre consentement. Dans ce cas précis, il faudrait donc mettre en branle la panoplie des mesures antisectes contre le boucher et ses quelques amis. Contrôle fiscal, recherche d’escroquerie, d’abus de faiblesse, recherche de violence envers les femmes et les enfants, de pédophilie éventuelle (toujours possible avec les gourous et les curés), mise en place d’un travail social avec les femmes voilées. Ajoutons pour faire bonne mesure la surveillance des flux financiers et des liens éventuels avec des réseaux terroristes.

Est-ce là la saine réaction de nos ministres ? Pas du tout ! Brice Hortefeux à une idée bien à lui de ce que la situation exige:  il faut retirer sa nationalité française à notre petit commerçant.

Voilà qui est un peu curieux. Le retrait de nationalité, en gros, c’est pour les français de fraîche date qui sont condamnés à cinq ans fermes ou bien pour ceux qui se livrent à de la haute trahison, pardon ! La fraude aux allocs ne rentre pas vraiment dans le tableau.

Mais Brice Hortefeux y tient. Il passe sa semaine à communiquer sur le sujet. Il est rejoint par des conseillers de l’Elysée, Xavier Bertrand et Frédéric Lefebvre. Eric Besson, ministre perpétuel de l’Identité Nationale, rejoint l’équipe avant de recevoir une note de son cabinet sur les limites légales du retrait de nationalité. Pa possib’ ? Pa ni pwoblèm ! Yaka « adapter » la loi.

Il ne s’agit pas ici de divagations de ministres pris sur le vif et obligés de répondre à une question sur un fait divers, mais bien d’un choix de discours de leur part. C’est Brice Hortefeux qui met le sujet politique sur la table, Eric Besson qui propose de modifier la loi, et tous les grands chefs à plume qui prennent sur leur temps médiatique pour appuyer sur ce dossier au lieu de parler, par exemple du chômage qui est politiquement moins important. On notera que la Garde des Sceaux, a priori intéressée par une modification de la loi sur la nationalité française, a choisi pour sa part de ne pas s’exprimer.

Et donc, quel est le message politique de fond que cherchent absolument diffuser nos ministres ? Qu’il faut lutter contre les sectes ? Contre l’islam radical ? Que les délinquants doivent être punis ? Pas du tout ! La nationalité n’a rien à voir avec ça ! Très simplement, que ces gens-là ne sont pas de chez nous, pas très « corps traditionnel français » et que donc il faut les virer. L’électorat FN se détournant d’eux, ils semblent bien décider à doubler la Le Pen family sur la droite pour le récupérer.

Le juriste que je suis s’inquiète pourtant de l’applicabilité de cette nouvelle loi : comment déterminer que quelqu’un est « pas de chez nous », face à l’immense diversité des cas individuels ? On ne va pas faire une loi uniquement pour ce gugusse, il faut bien que ça resserve ! Or pris séparément, les éléments ne sont pas suffisants pour donner des lignes directrices claires aux administrations chargées d’appliquer la nouvelle loi : frauder les allocations familiales ne vous rejette pas particulièrement du corps traditionnel français, à moins bien sûr d’être noir ou arabe (ce dernier critère est très important). Battre votre femme n’est pas très discriminant non plus. En avoir plusieurs à disposition est en fait relativement partagé avec les vrais Français. Il y a bien la burka, mais ça ne représente que quelques dizaines de personnes au mieux et ne permettrait donc pas, chiffres à l’appui, de présenter un bilan ministériel ronflant de reconduite à la frontière. Une autre solution est de laisser les juges décider. La caractérisation d’un état « pas de chez nous », dans le sens « mais alors vraiment pas de chez nous », conduirait à un retrait de la nationalité. A charge pour eux de se démerder, grâce à la technique merveilleuse du faisceau d’indices.

Cette méthode présente pourtant un inconvénient grave : elle ne pousse pas tous ces Auvergnats à s’intégrer convenablement. Je propose donc un permis de nationalité à points, qui permette de dégager tous ceux qui n’ont rien à faire en France mais qui récompense les comportements conformes à l’esprit national.

– conduire en burka fait perdre des points, alors que rouler bourrer en fait gagner (mais peut être néfaste à votre permis de conduire)

– manger des trucs qui ont subi un traitement religieux bizarre fait perdre des points (ça vaut aussi pour les juifs, hein), mais manger des cochonnailles en fait gagner

– siffler la marseillaise dans un stade vous fait perdre des points, se torcher le cul avec le drapeau en fait gagner parce qu’il n’y a vraiment que des Français pour faire ça

– tout cramer dans votre quartier de banlieue fait perdre des points, se déplacer avec son tracteur pour démonter la préfecture en fait gagner.

– envoyer ses enfants dans une école religieuse fait perdre des points, les envoyer à l’école publique en fait gagner. Ou l’inverse, selon les quartiers.

– avoir plusieurs femmes dans son appartement fait perdre des points, les avoir dans des appartements différents en fait gagner

– et bien entendu, frauder les allocations familiales fait perdre des points alors que frauder le fisc en fait gagner (on vous supplie même de ne pas abandonner votre nationalité française au profit de la nationalité helvétique)

Ce système présente un avantage majeur, c’est que la perte des points ne nécessite pas de recours au juge, car elle peut être une simple mesure administrative décidée par le préfet à partir des constatations de la police. Naturellement, il y aura toujours des fâcheux de mauvaise foi conseillés par des droitsdelhommistes germanopratins coupés du réel pour contester devant les tribunaux, mais globalement ça rend le retrait de la nationalité beaucoup plus simple et efficace. La police fait son travail, elle constate jour après jour les comportements et quand il n’y a plus de points sur le permis de nationalité, hop ! Charter !

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No Responses to “Pour une nationalité à points”

  1. […] Athée, je n’aime guère les curés. C’est un tranchant de mon esprit que je tiens toujours vif, l’entretenant régulièrement des fois que, ça peut servir. Ma cible préférée, ce sont bien entendu nos bons curés chrétiens. D’abord pour le confort de la tradition et puis aussi parce qu’ils me déçoivent rarement. Ceci me vaut fréquemment des accusations venant de courageux résistants planqués derrière leur clavier et qui, eux, se dressent devant l’islamisme alors que moi, hein ? J’ose pas ! Si d’abord, j’ose. […]

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