Révolution: fin d’une époque

Il est une époque que je n’ai jamais connue, où la perspective riante de la Révolution (pour de vrai) tenait en haleine des fractions plus ou moins importantes des organisations de gauche. J’ai encore eu le temps d’observer quelques groupuscules éperdus de fidélité, roulés dans l’écume moussante des dernières vagues ensablées de l’histoire prolétarienne. Depuis, soyons clairs, plus que des guignols.

Prenons par exemple la Ligue communiste révolutionnaire. Lors d’un de ses derniers congrès (le XVIème si j’ai bonne mémoire), elle a abandonné la référence à la lute des classes pour reprendre une analyse en forme d’oppression et de domination des multitudes, dont Daniel Bensaïd avait d’ailleurs dit au départ tout le bien qu’il fallait en penser.

Pour faire simple, la lutte des classes est un concept fondé sur une analyse des rapports de production, et qui donne donc une orientation à la lutte libératrice: subvertir les rapports de production. Le prolétariat est défini par sa position dans l’organisation du travail. La multitude, au contraire, est simplement définie par sa subordination sociale, économique, sexuelle, etc… C’est la grande communauté des opprimés. Le problème, c’est que si le prolétariat a un intérêt commun clair et précis lié à un type d’organisation des rapports économiques, qui permet de fédérer dans la lutte des gens très divers, les opprimés n’ont pas nécessairement grand chose à voir entre eux et ne partagent pas forcément le même but dans la lutte contre l’oppression. Le passage à la multitude comme terme de référence était plus qu’une question de théologie révolutionnaire: c’était un changement de prisme d’analyse qui déterminait la stratégie politique du mouvement. Quand on est aux côté des multitudes opprimées, on se contente de coller à ce qui bouge.

Le résultat pratique, après la constitution du NPA, c’est une lente dérive vers la volonté d’assumer des responsabilités (être élu). Olivier Besancenot parle de plus en plus de la nécessité de voter NPA pour être l’aiguillon de la gauche de gouvernement. Mais surtout, quand la réflexion se limite à coller à ce qui bouge, on finit par épouser des combats un peu étranges. Et là, je me trouve en plein accord avec une ancienne militante LCR, ce qui est assez rare:

[ édit: Vidéo supprimée, qui critiquait la candidature NPA d’une femme portant le voile. Les puissants ont encore frappé.]

L’exemple est navrant, mais pour se réjouir on peut se contenter d’aller regarder du côté du ridicule. Le Front de Gauche notamment (au hasard). Pour le coup, c’est la multitude à eux tous seuls ! Il suffit de prendre un de leurs tracts et de regarder quelles sont les organisations signataires: à tout aîné tout honneur, le PCF ouvre le bal. Ebranlé par la chute finale, il reste fidèle à la doctrine de la double appartenance des ses membres: parti / club de bridge pour vieux. Il est, de très loin, la première force militante du Front de gauche mais son recrutement se tarit de plus en plus depuis la fin des années 70. Les effectifs du PCF risquent donc de connaître une diminution assez sévère dans les années qui viennent, par des processus naturels. Si en plus leur futur secrétaire national est Pierre Laurent, le leadership médiatique du Front de gauche est assuré pour Mélenchon.

Voici également le Parti de Gauche, scissionniste du PS, Gauche Unitaire, scissionniste du NPA (par définition toute organisation « unitaire » est issue d’une scission, mais là reconnaissons que c’était un peu contre leur gré), République et socialisme, scissionniste du MRC (scissionniste du PS) sur la question de l’Europe fédérale, le Mouvement Politique d’Education Populaire, scissionniste d’ATTAC.

Et puis tant qu’on en est à fédérer des alternatifs, notons: la Convention pour une alternative progressiste, qui rassemble des scissionnistes du PCF, du PS, du MRC et de la LCR. Egalement les Alternatifs, dernier avatar du PSU fusionné avec des scissionnistes de la Convention pour une alternative progressiste. Et pour finir, le mouvement le plus original: la Fédération pour une alternative sociale et écologique. Ce dernier réunit les membres d’autres mouvements, sur la base de la double appartenance. Il rassemble ainsi des membres notamment du PS, des Verts, du PCF, des Alternatifs, de la Convention pour une alternative progressiste et bien évidemment de la Coordination nationale des collectifs unitaires.

Mais le tableau ne serait pas complet sans évoquer le choc profond que j’ai éprouvé en découvrant l’emblème d’un parti au bas d’un tract du Front de gauche.

Le Parti Communiste Ouvrier de France est membre du Front de gauche. Issu en 1979 de scissionnistes tendance Enver Hodja (1976) du Parti Communiste Marxiste Leniniste de France (scissionniste du PCF sur la question du révisionnisme kroutchevien) et de certains gépistes, le PCOF était le refuge contre les maos adeptes des « trois mondes » et des « cent fleurs » des derniers maos spontex, comptant sur le spontanéisme des masses pour faire la Révolution et refusant les partis et les syndicats qui finissent nécessairement par faire partie du système, c’est vous dire s’ils étaient purs. Aujourd’hui, le PCOF défend le Pass Navigo zone unique à 55 euros et demande des élus régionaux…

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No Responses to “Révolution: fin d’une époque”

  1. […] vite, on voit à quel point les Verts sont le repère de plein d’anciens PSU. Comme quoi mon dernier billet sur le sujet était inexact, il existe encore des révolutionnaires en France. Toute la mythologie de la […]

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