Documenter l’antisémitisme à LFI

Il continue curieusement (mais à LFI seulement) à exister une sorte de débat, ou de déni, sur la prégnance d’un antisémitisme dans ce mouvement.

Les arguments sont de deux ordres : il s’agit d’un complot du bloc bourgeois pour disqualifier la gauche et il s’agit d’un complot du gouvernement israélien pour disqualifier les soutiens de la Palestine. Sur le premier point disons rapidement que cette disqualification n’était guère nécessaire, les électeurs du bloc bourgeois ne partageant durablement pas les opinions de la France Insoumise. Sur le second point que le problème date de bien avant la crise actuelle et s’exprime sur d’autres sujets ; aussi on parlera pas directement de ce conflit pour ne pas encourir ce reproche de confusion, mais on relèvera ce que LFI pense à cette occasion des juifs français. On nous dit aussi que l’extrême-droite est bien plus antisémite. Certes, et donc ?

92% des Français de confession juive pensent que LFI contribue à la montée de l’antisémitisme en France, et à gauche il est de coutume d’écouter les concernés mais là apparemment ils n’y connaissent rien. Comme je finis par me lasser de me faire goysplainer l’antisémitisme, le propos est ici simplement de documenter les déclarations tendancieuses de dirigeants de LFI, dont l’accumulation fait système. Il est difficile de se prévaloir de maladresses en série et d’ignorance durable sur un sujet aussi incandescent.

Ce qui frappe dans les déclarations concernées est la récurrence de marqueurs classiques de l’antisémitisme à mots couverts. Le premier est un recours régulier à la Shoah comme trait d’esprit. Le second est la vision d’un monde gouverné en secret par des puissants cachés (ou cacher ?), les gouvernements obéissant à leurs injonctions contre les intérêts et la volonté de la France et du peuple français.

Ce poncif peut se réclamer d’une longue tradition d’extrême gauche, qui oppose terme à terme le capitaliste apatride à la communauté des travailleurs. Je vous en livre une des formes les plus lapidaires que j’ai rencontrées sous la plume de Michel Onfray dans sa préface au livre de 2017 de Thibault Isabel « Pierre-Joseph Proudhon : L’anarchie sans le désordre ». La première phrase de son compliment est la suivante : « Marx est issu d’un lignage de rabbins ashkénazes ; Proudhon, d’une lignée de laboureurs francs. » Je vous épargne la suite, qui creuse laborieusement ce sillon et rend assez hommage aux préjugés de Proudhon sur les juifs.

L’article sera mis à jour à l’occasion. Edit : Mélenchon en donne l’occasion avec ses finesses sur la prononciation d’Epstein. J’en profite pour rajouter ci-dessous les questions que la commission nationale consultative des droits de l’homme pose dans ses enquêtes pour évaluer l’antisémitisme, elles constituent de bonnes clés de lecture :

  • Les Juifs forment un groupe à part dans la société
  • Pour les Français juifs, Israël compte plus que la France
  • Les Juifs ont un rapport particulier à l’argent
  • Les Juifs ont trop de pouvoir en France

 

22 mars 2012, Merah n’est même pas un terroriste

Au journal de RTL, Jean-Luc Mélenchon tire la leçon que Mohammed Merah « n’est arrivé à rien, il n’a pas de nom, c’est un crétin sanglant, ce n’est même pas un terroriste, il n’a mis personne à genou » . Certes, JLM a pour propos que Merah ne parviendra pas à monter les gens les uns contre les autres et qu’il faut « absolument protéger des millions de gosses du danger, du poison de croire que dès lors que quelqu’un par exemple serait musulman, il serait suspect ou que parce qu’il est juif on pourrait lui tirer dessus » mais c’est faire peu de cas des morts.

Quand on tue, entre autres, un rabbin et trois enfants juifs dans un collège juif il semble compliqué de se voir dénier la qualité de terroriste, sauf à voir dans le terme un certain romantisme qui requiert un minimum de noblesse et de résultat.

 

23 mars 2013, la langue de la finance internationale

Au troisième congrès du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon s’en prend à Pierre Moscovici, à propos du plan d’aide européen à Chypre. Selon lui, Moscovici a « un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français, qui pense dans la langue de la finance internationale » .

JLM indique qu’il visait les conséquences probables d’un tel plan d’austérité pour la France le jour où elle serait visée, et donc que Moscovici n’avait pas à l’esprit l’intérêt de la France en participant à cette décision. Par ailleurs il ignorait que Pierre Moscovici était juif, qui n’en fait pourtant pas mystère.

 

23 avril 2014, attiser des tensions

L’émission On n’est pas couché consacre un passage à la sortie de « 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi » d’Alexandre Arcady, film qui vise à mettre en exergue la montée des préjugés antisémites, le gang des barbares s’en étant pris à sa victime parce que, juive, elle devait avoir de l’argent. Aymeric Caron fait alors une intervention remarquable. Il considère qu’il est « simpliste » de mobiliser ce fait divers particulier qui n’est pas, en réalité, « le plus parlant » pour évoquer l’antisémitisme. L’affaire Merah lui semble beaucoup plus pertinente, et qui repose sur des raisons différentes : « l’importance du conflit israélo-palestinien tel qu’il peut être instrumentalisé qui est une vraie souffrance, et c’est vrai que le sentiment qu’on peut avoir, c’est que, à un moment on se dit, mais est-ce que votre film ne va pas – c’est une question que je pose, hein, c’est pas du tout une affirmation pour le coup – est-ce qu’il va pas peut-être avoir un effet contraire à son but, c’est à dire que à force de dire « regardez c’est extrêmement dangereux ce qui se passe aujourd’hui pour la communauté juive en France parce qu’il y a des gens qui s’en prennent à nous etc… » en négligeant toutes ces raisons et le fait aussi que les actes islamophobes en France sont en explosion depuis deux – trois ans c’est à dire que des musulmans eux-mêmes aussi sont victimes d’une espèce de haine qui grandit à leur égard à cause d’affaires comme celle-là, est-ce que finalement vous n’allez pas attiser des tensions au lieu de les calmer ? »

Ce n’est pas l’entièreté de sa démonstration qui a été coupée au montage et dont il est difficile de retracer le contenu exact, Alexandre Arcady en donnant un contenu qui n’est pas confirmé par Ruquier qui l’accuse de « raconter à sa façon » , Aymeric Caron se contentant de dire que « contrairement à ce qu’Arcady a pu entendre (…) à aucun moment dans cette séquence je ne justifie l’injustifiable, l’innommable, à savoir le meurtre d’un juif » . Il est certain en tout cas que les échanges ont été très violents, au point que cela ne faisait pas un bon moment de télé.


Un article d’Elisabeth Levy dans Causeur retrace une version confirmée à la fois par Alexandre Arcady et dans les grandes lignes par Natacha Polony. Aymeric Caron aurait détaillé les morts d’enfants palestiniens documentées par des ONG avec des fiches qu’il avait préparées.

Le toboggan est un peu vertigineux surtout si l’on considère qu’il ne s’agissait pas d’improvisation mais d’une intervention méditée. On part ainsi d’un crime barbare motivé par des préjugés anciens et tenaces sur les juifs et l’argent pour dire que le problème de l’antisémitisme provient surtout de ce que l’armée israélienne tue des enfants palestiniens, et qu’en ignorant cette souffrance et la montée des actes antimusulmans, en dénonçant des actes antisémites et peut être même en les imputant à leurs auteurs, finalement on alimente une colère qui retombe sur les juifs. Les juifs ne sont-ils pas un peu responsables de ce qui leur arrive quand même ? C’est une question que l’on pose, hein, pas une affirmation.

 

24 août 2014, le Peuple supérieur aux autres

L’Université d’été du Parti de gauche est l’occasion pour Jean-Luc Mélenchon d’opposer deux manifestations en soutien respectif de la Palestine et d’Israël. Les premières ont vu scander Mort aux juifs et sept synagogues d’Ile-de France ont fait l’objet d’attaques,  mais Jean-Luc Mélenchon réduit ceci à « quelques énergumènes » . Dans l’ensemble pour lui, les manifestants sont la fleur de la République, et glisse : « Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. » Cela devrait aller de soit, et il est dommage que la référence soit mobilisée pour le peuple israélien avec les sous-textes qu’elle charrie.

A l’inverse, les manifestations (pacifiques) en faveur d’Israël sont suspectes, non pas pour le choix de leur camp mais pour mettre en doute la loyauté à Marianne : « Si nous avons quelque chose à dénoncer c’est ceux de nos compatriotes qui ont cru bien inspiré d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs les armes à la main. » « Nous n’avons peur de personne. N’essayez pas de nous faire baisser les yeux. Peine perdue. Je voudrais dire au CRIF que cela commence à bien faire. Les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement, c’est insupportable, nous en avons assez. La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. » 

Ainsi donc, les manifestations pro-palestinienne qui débordent dans des attaques de synagogues savent « se tenir digne » quand les manifestations pacifiques en faveur d’Israël sont le fait de « communautés agressives » . Quand on soutient la Palestine on incarne « mieux que personne les valeurs fondatrices de la République française » et quand on soutient Israël on est au prélude de « servir sous ses couleurs« . Personne de républicain n’irait je pense dire que les français issus de l’immigration qui défendent la Palestine sont suspects de double allégeance, tout au plus de complicité avec le Hamas dans les rhétoriques les plus enflammées. Les juifs n’ont apparemment pas le bénéfice du doute.

 

2 avril 2018, le foulage de drapeau

Expulsé de la marche du 28 mars contre l’antisémitisme après le meurtre de Mireille Knoll, Jean-Luc Mélenchon s’emploie à opposer la France et un certain communautarisme. Après avoir eu recours à une périphrase étonnante sur « un assassinat, déclaré antisémite par la justice » ,  JLM s’en prend au CRIF et à la LDJ qui l’ont expulsé du cortège (avec Marine Le Pen).

Le débat pourrait être politiquement centré sur la Palestine puisque c’est le reproche, mais il déborde longuement vers une expulsion symbolique du corps national de ses opposants, comme en rétorsion : « L’unité de la communauté républicaine fut déchirée par un particularisme communautariste arrogant et sans pudeur » , « les hautes autorités morales gorgées de leur importance portant crète haute, bras dessus bras dessous dans la veulerie, laissant le drapeau être foulé aux pieds devant eux » « Vous avez accepté que les écharpes tricolores soient expulsées sur ordre des communautaristes. Vous avez cautionné le raisonnement de Kalifat : pour défendre la France, c’est-à-dire son unité nationale par-delà les confessions, il faut être solidaire de la politique d’un État étranger et des crimes de son gouvernement. » , « Mais monsieur Kalifat, le CRIF et son bras armé de la LDJ ont proclamé devant le pays une singularité communautaire radicale dont je doute qu’elle soit beaucoup appréciée par la masse du peuple français« , « La bonne société adore nos paroles de paix et d’unité nationale mais elle nous hait si profondément qu’elle est prête à nous abandonner au premier groupuscule ethnique venu, se réclamant des intérêts d’un État étranger, écharpe tricolore ou pas. » , « Le peuple français, quelle que soit sa religion, ses « racines », et ainsi de suite comme on le dit dans la novlangue obscurantiste de notre temps, n’aime pas le sectarisme communautariste. Et encore moins l’allégeance de principe à un gouvernement étranger et à sa politique quelle qu’elle soit. Kalifat et la LDJ ont fait plus pour l’antisémitisme à cette occasion que des dizaines de basses besognes des vecteurs antisémites. » La démonstration, fortement répétée, finit par le rappel qu’en République il n’est point de particularisme et que les citoyens juifs se fondent dans la masse du Peuple. On le voit, certains juifs font à ses yeux de fort mauvais Français.

Jean-Luc Mélenchon va ensuite un peu plus loin : les autorités politiques se soumettent à cette clique, qui a donc tout pouvoir en France : « ce flot que vous avez libéré ne fera pas le tri. Pour y échapper, vous serez poussés d’une abjection à l’autre puisque vous avez pris le chemin de la soumission au communautarisme. » , « Ni écharpe, ni onction du suffrage universel, ni rien, ni personne ne nous protège de rien dans ce pays désormais. »

On en aurait encore bien à dire, malheureusement on ne peut plus rien dire : « Bien sûr, j’ai la prudence de ne pas écrire davantage de ce que je pense quant au fond sur le danger qu’est pour la patrie républicaine ce type de communautarisme. » C’est fort dommage et nous aurions aimé savoir ce que pour sa propre sécurité Jean-Luc Mélenchon préfère taire de ce qu’il pense à ce sujet.

 

13 décembre 2019, Jeremy Corbyn et le grand rabbin d’Angleterre

Le parti travailliste ayant connu une défaite électorale écrasante, Jean-Luc Mélenchon livre son analyse. La cause n’est pas à rechercher dans un programme politique radical qui ne parle pas aux électeurs, mais au contraire dans une mollesse face aux puissants qui se matérialise dans une recherche de synthèse dans le parti alors qu’il faut un appareil politique organisé en fonction d’une vision politique. C’est le titre du billet de blog : Corbyn : la synthèse mène au désastre. Au lieu d’aller « chercher ses consignes » dans les masses populaire, Corbyn a échoué par ce qu’il a voulu « plaire aux puissants« .

Mais quels sont ces puissants auxquels Corbyn a eu le tort de se plier ? « Corbyn a passé son temps à se faire insulter et tirer dans le dos par une poignée de députés blairistes. Au lieu de riposter, il a composé. Il a du subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême droite de Netanyahou en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires. »

Jean-Luc Mélenchon en tire des idées claires: « je n’y céderai jamais pour ma part. Retraite à point, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogante des communautaristes du CRIF : c’est non. »

Il semble hasardeux de considérer que le peuple britannique s’est détourné de Jeremy Corbyn par inquiétude de son manque de fermeté face aux grand rabbin d’Angleterre. Mais nous sommes ravi de savoir que JLM, lui, résistera aux ukases arrogantes du CRIF.

 

15 juillet 2020, Jésus sur la croix

Jean-Luc Mélenchon a sur RMC un débat avec Apolline de Malherbe à propos de l’emploi des pandores.  Cette dernière lui demande si les forces de l’ordre doivent être comme Jésus sur la croix qui ne réplique pas – image curieuse du pacifisme – et s’attire une incise de Mélenchon  : « Ecoutez je ne sais pas si Jésus était sur la croix, je sais qui l’y a mis paraît-il, ce sont ses propres compatriotes. »

 

Cette référence directe au peuple déicide est ici purement gratuite, c’est un simple artifice rhétorique qui plutôt que de répondre à la question sous-jacente de la violence d’une partie des manifestants divertit son interlocutrice avant de reprendre son propos. Dans cet usage, on aurait pu imaginer quantité de traits d’esprit, mais c’est celui-là qui vient. Et ici point question d’ignorance, le 17 septembre 2007 JLM faisait reproche à Ségolène Royal de l’emploi de l’expression « Il faut leur pardonner parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » en ces termes : « Comme la culture chrétienne s’efface de nos paysages de référence, expliquons cette phrase. Elle est attribuée par les évangiles au Christ sur sa croix à propos de ceux qui l’ont crucifié. C’est donc une énormité de s’y référer. Avec le risque d’antisémitisme subliminal compte tenu de la tradition catholique française en la matière. »

 

28 octobre 2021, les traditions du judaïsme

Jean-Luc Mélenchon est interrogé sur BFM TV sur la position du grand rabbin Haïm Korsia qualifiant Eric Zemmour d’antisémite. Après avoir rappelé que c’est un rabbin politique qui s’en prend aussi à son mouvement, JLM s’amuse du paradoxe d’un juif antisémite, puis répond au fond. « Monsieur Zemmour ne doit pas être antisémite parce qu’il reproduit beaucoup de scénarios culturels, euh bon, on change rien à la tradition, on bouge pas, la créolisation mon dieu quelle horreur ! Et tous ça ce sont des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme. Donc ça a ses mérites, hein, ça lui a permis de survivre dans l’histoire. »

Jean-Luc Mélenchon après avoir comme de rigueur attaqué ses détracteurs a cette fois-ci admis qu’il s’est mal exprimé puisqu’il a donné prise à des interprétations contraires à sa pensée, sans pour autant aller jusqu’à repréciser cette dernière. Rappelons, si c’est nécessaire, que le préjugé traditionnel de la communauté fermée et sécessionniste est en pratique faux, et qu’une grande partie de la discussion sur le maintien des traditions porte précisément sur la transmission en contexte d’union mixte qui est historiquement une situation courante.

 

29 août 2021, l’ennemi ce n’est pas le musulman, c’est le financier

En meeting, JLM se laisse aller à résumer ainsi sa pensée sur le racisme, qui est le moyen pour les patrons de diviser les travailleurs : « l’ennemi ce n’est pas le musulman, c’est le financier » . L’opposition entre les deux termes est évocatrice.

 

15 novembre 2021, Dreyfus

L’émission Secrets d’histoire interroge Jean-Luc Mélenchon sur Zola, et son engagement auprès de Dreyfus. « Il est militaire alors que Zola ne devait pas être trop militariste. Bon. Il est royaliste, Zola était républicain. Bon il est bien à droite, il est j… c’est pas le sujet ! Le sujet c’est lui, monsieur le capitaine Dreyfus, est-il oui ou non innocent ou coupable ? »


Il n’est pas certain que Dreyfus ait été royaliste, mais il était j… est c’est un peu le nœud de l’Affaire tout de même. Notons qu’en 2013 lors de l’affaire Kerviel, Jean-Luc Mélenchon le comparait à Dreyfus et mettait bien en avant le caractère antisémite de l’accusation.

 

6 juin 2022, tout ça c’est écrit d’avance

A la fin de la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon s’exprime sur France Inter et annonce que « vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012, ça a été l’attentat la dernière semaine sur les Champs Elysées, avant on avait eu Papy Voise, dont plus personne n’a jamais entendu parler après. Tout ça, c’est écrit d’avance ! Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau, nous aurons l’événement gravissime qui va une fois de plus permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile, voilà, c’est bateau tout ça« .

Ici, très clairement Jean-Luc Mélenchon accuse le pouvoir – socialiste, sarkozyste ou macroniste indifféremment – de sortir du chapeau et d’inventer des attentats à la veille des élections pour influer sur les élections. Les morts de Merah apprécieront. Cette sortie intervient dans un passage plus général où il indique que « le Système » invente des candidats comme Macron dans tous les pays du monde et qui « Pouf! » se font élire.

 

8 octobre 2023, un point de vue étranger

Sur twitter, Jean Luc Mélenchon met en miroir sa position sur Israël qui est celle de la France, à celle de la première ministre Elisabeth Borne qui se rallie à un point de vue étranger.

Pour saisir le sel implicite de cette opposition entre le point de vue de la France et le point de vue étranger, il faut se souvenir qu’Elisabeth Borne est juive, son nom étant une francisation de Bornstein.

 

22 octobre 2023, camper

Sur twitter, Jean-Luc Mélenchon écrit que « Madame Braun-Pivet campe à Tel Aviv pour encourager le massacre » , le tout en opposition à la France comme au peuple français.

L’usage du mot camper émeut, s’agissant d’une personne d’origine juive. JLM s’en défend par référence au concept de « campisme », choisir un camp et s’y tenir quoi qu’il se passe. Là encore, le camp auquel se dédie sans espoir de retour la présidente juive de l’Assemblée nationale n’est pas celui de la France.

 

3 mars 2024, les caméras de l’Assemblée Nationale

Lors d’un événement organisé par Paroles d’Honneur, celui-là même où Judith Butler explique que le 7 octobre n’est pas un acte antisémite ni un acte terroriste mais un soulèvement et un acte de résistance, Thomas Portes se livre à une démonstration lumineuse sur la maîtrise de l’agenda médiatique et politique français par Israël, à travers la dépendance militaire de la France :

« L’État d’Israël s’est aussi construit sur le commerce des armes – ça a été rappelé – prospère parce que il livre aussi  un certain nombre de logiciels militaires et d’armes à des pays européens et si aujourd’hui la France est si  silencieuse sur la livraison d’armes à l’État d’Israël c’est qu’elle dépend elle aussi des armes israéliennes. A l’Assemblée Nationale, je le livre ici c’est sorti dans la presse mais ça pas eu beaucoup d’écho, les caméras de vidéosurveillance des couloirs de l’Assemblée Nationale sont aujourd’hui géré par une société israélienne. Voilà la mainmise de l’appareil militaire israélien qui aujourd’hui accompagne l’État français ; c’est pour ça qu’il y a un tel niveau de pression et un tel niveau de soutien inconditionnel affiché par la présidente de l’Assemblée. »

Ce qui est particulièrement intéressant ici, c’est que le caractère absurde de l’exemple révèle la puissance du fantasme capable de tout justifier.

 

22 mai 2024, à la demande du CRIF

Le gouvernement français réagit aux mandats d’arrêts demandés à la CPI en appelant à ne pas créer d’équivalence entre le Hamas et Israël, ce qui est également la position du CRIF. Commentaire par Rima Hassan : à la demande du CRIF.

De manière très transparente, Rima Hassan dit ici que la politique internationale de l’Etat français se soumet aux demandes du CRIF.

 

28 mai 2024, le porc

A l’assemblée, une altercation devant les micros entre les députés David Guiraud et Meyer Habib, que le premier traite à plusieurs reprises de « porc ». Quelqu’opinion que l’on aie de Meyer Habib, l’insulte est de bon goût.

 

2 juin 2024, l’antisémitisme résiduel

Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon fait de l’accusation d’antisémitisme qui vise son mouvement et certains prêcheurs musulmans une manœuvre de l’ « officialité ».  Bien au contraire, non seulement ses troupes sont sans tache, mais « contrairement à ce que dit la propagande de l’officialité, l’antisémitisme reste résiduel en France. Il est en tous cas totalement absent des rassemblements populaires » .

Rappelons simplement qu’au moment ou Mélenchon écrit cela, le nombre d’actes antisémites enregistré par le gouvernement a quadruplé et dépasse de loin les actes antimusulmans, pourtant bien plus nombreux en France que les juifs.

J’aime bien l’officialité, c’est plus joli que le Deep state, il y’a un charme provincial et tranquille. Pour la joie du contexte, dans ce même article de blog JLM accuse d’avance le gouvernement de truquer les élections législatives à venir, dans la plus pure eau trumpienne : « ça sent fort la manipulation. Mais cette fois-ci, si elle se reproduit ce ne sera pas sans conséquence pour ses auteurs. Je vous en informe : Mathilde Panot m’a déjà annoncé qu’elle proposera de poser la question des sondages et des raisons de leurs lourdes erreurs à répétition et de plus en plus considérables. Il est question d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’organisation et le déroulement des votes en France. Il s’agit de faire cesser les bugs de république bananière qui s’y développent depuis le début de l’ère Macron : bulletins non distribués, plantage du vote électronique par correspondance, radiation sauvage des listes électorales sans raison, et ainsi de suite. »

Egalement, je sais que j’ai dit vouloir éviter Gaza, mais JLM glisse : « Faites un test de sensibilité comparée : essayez de comparer le martyr de Gaza et celui du ghetto de Varsovie, fut-ce de loin, et vous verrez vite la différence de capacité d’indignation. » Peut-être le fait que plus de 90% de la population soit morte dans le ghetto contre 2% à Gaza explique la différence de capacité d’indignation.

 

29 avril 2024, la laisse des adhésions

Jean-Luc Mélenchon a des mots tendres pour Jérôme Guedj, qualifié de girouette pris entre « génocideurs » et « prétendus partisans de l’effacement d’Israël ». « L’intéressant est de le voir s’agiter autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions. »

L’image est forte. Quelles sont donc ses adhésions, et quelle est leur force qu’il soit tenu au piquet par une laisse ?

 

4 juillet 2024, les dîners du Grand Rabbin

Le Grand Rabbin déclarant qu’il ne votera jamais LFI, Sophia Chikirou réplique qu’elle n’ira pas à ses dîners, na ! Il est possible que l’ancienne sarkozyste confonde – ou fasse délibérément l’amalgame – avec les dîners du Crif. Mais c’est pareil, plus ou moins.

 

31 décembre 2024 : les dragons célestes

Le député David Guiraud, menacé d’un dépôt de plainte pour antisémitisme par l’Observatoire juif de France réagit par une référence au manga One Piece qu’il mobilise souvent (très bon manga, lisez-le).

Dans cette scène, le personnage est visé par un assassin envoyé par les dragons célestes, organisation qui dirige le monde en secret. L’extrême-droite réemploie couramment cette référence pour évoquer les juifs, et devant le tollé David Guiraud supprime son tweet le lendemain. Il se défend pour sa part de tout antisémitisme, et indique que « Les dragons célestes ne sont pas une religion ou une « race » et si vous le pensez vous avez mal lu One Piece. C’est une alliance militaire de gens puissants qui écrasent les autres. Ils ne sont pas detestés pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font aux autres. »

Sa position est donc que sans connaître l’usage antisémite de la référence, il a simplement réagit à une plainte pour antisémitisme par l’Observatoire juif de France à son encontre en estimant que des « gens puissants qui écrasent les autres » voulaient le faire taire.

 

27 janvier 2025, Bonne journée

Le jour des 80 ans de la libération d’Auschwitz, Rima Hassan souhaite à chacun une « Bonne journée ».

Là encore, sans entrer dans la pertinence du parallèle entre Auschwitz et Gaza, la manière manque de délicatesse.

 

25 février 2025, la diaspora et les Français

Rima Hassan ayant été refoulée à son entrée en Israël, Jean-Luc Mélenchon s’indigne.

L’appel à la diaspora à protester en solidarité des Français est quand même curieux. On se souvient de Raymond Barre déplorant en 1980 un « attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic » . Imaginons un instant la réaction de LFI si Bruno Retailleau demandait à la diaspora de soutenir les Français face à l’Algérie.

 

13 mars 2025, l’affiche Hanouna

Le 13 mars, LFI appelait à manifester contre l’extrême-droite avec une affiche caricaturant Cyril Hanouna de manière un peu connotée.

On est un peu gêné à LFI, où on ne souhaite dire ni qui a réalisé l’affiche, ni qui l’a validée. Un élément de défense est qu’elle a été faite via Grok, l’outil IA d’Elon Musk – comprendre qu’il est normal que l’IA d’un facho produise un visuel antisémite, c’était pas fait exprès déso. Et puis ils savaient pas que Hanouna était juif, donc vraiment rien à voir.

 

Le 19 mars à Brest, Jean-Luc Mélenchon va faire mieux. Il balaye l’accusation par l’argument d’ignorance. Ces affiches des années 30 ? « Comprenez moi bien, regardez le vice de ces gens. [il mime] Oui, il y’a peut être une allusion … Comme ils sont complètement obsédés, qu’ils ont à la maison les collections d’affiches d’extrême-droite que leur avaient laissé leurs grands-parents, ils les regardent toutes les cinq minutes. Là, celle-là je la reconnais ! Pas de bol, nous on a pas ces affiches, on est pas au courant, on sait pas ! D’accord ? « 

Prétendre ignorer cette iconographie connue de tous les collégiens du pays dans un parti politique en pointe contre l’extrême-droite est une stratégie particulièrement osée.

 

19 mars 2025, couper les cheveux

Dans la même séquence, JLM fait une incidente qu’on ne peut pas éviter de relever. Se défendant d’être antisémite, il rappelle sa thèse favorite : c’est un complot du grand capital, des neuf milliardaires qui possèdent 90% des médias. Chacun comprend bien quel outils sont ces médias et pourquoi les milliardaires en question sont prêts à y perdre de l’argent alors qu’ils cherchent d’ordinaire à en gagner. Ce que Mélenchon illustre par cette délicieuse formule : « Alors que le reste du temps, ils vous couperaient les cheveux pour en faire des édredons s’ils pouvaient. »

Est-il utile de rappeler que dans les camps d’extermination, les nazis coupaient les cheveux des juifs pour les employer dans l’industrie textile et notamment pour en faire des oreillers et des matelas ? La formule serait plus que malheureuse dans un autre contexte, elle devient étonnante dans un passage où l’on cherche à démontrer que l’on est pas antisémite.

 

20 mars 2025, la solution finale

A l’Assemblée Nationale, cette finesse d’Ugo Bernalicis :

Mme Dieynaba Diop

On peut trouver une solution différente.

M. Ugo Bernalicis

Une solution finale !

 

5 février 2026, ce que les sionistes étaient aux nazis

Sur X, Rima Hassan se lance dans un parallèle historique hasardeux

« Aux sionistes qui me lisent je veux leur dire vous êtes pour nous ce que les nazis étaient pour vous. » Techniquement, les nazis se sont largement opposés au sionisme parce qu’ils voulaient une solution allemande à la question juive, et pas son exportation en Palestine. Mais ce n’est sans doute pas le propose de Rima Hassan, qui fait ici une équivalence entre juifs et sionistes.

 

26 février 2026, Epstine

En meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon s’interroge sur la prononciation, Epstine ou Epchtaïne. Pourquoi pas. La prononciation correcte par la personne concernée était Epstine, mais on a coutume de franciser les noms étrangers sans embarras, et nous sommes habitués au « aïne ». On pourrait dire comme on veut, mais pourquoi s’attarder sur ce point sans intérêt ? Voyons la séquence, en réalité assez longue.

Tout part en apparence d’une polémique sur le choix des journalistes invités à ses meetings. JLM oppose les influenceurs numériques qui mouillent la chemise aux grands journaux qui ne se sont donnés que la peine de naître et d’hériter de leur fauteuil. Il fait preuve de son talent habituel pour jouer Guignol, et c’est plaisant jusqu’à ce qu’on change de registre : « Mais il y’a un autre moyen de porter atteinte au droit à l’information des citoyens et même pire, c’est de leur mentir, surtout quand on dit qu’on est un journaliste. » Et on passe … à France Info.

France Info donc, a une « cellule investigation qui reçoit directement les infos des flics » , ce qui conduit à un arbitraire, car – il le précise ensuite – la justice en 24 heures enquête sur le moindre Insoumis. « Le secret de l’instruction, allez vous faire voir. Sauf… s’il s’agit de l’affaire Epchtaïne ! Ah je voulais dire Epstine, pardon. Ca fait plus russe Epstine, hein ! Alors maintenant vous direz Einstine au lieu d’Einchtaïne, Frankenstine au lieu de Frankenchtaïne. Et voilà, non ? Tout le monde comprend comment il faut faire ! Vous pouvez tous progresser ! »

Puis Jean-Luc Mélenchon accuse personnellement Nicole Belloubet, garde des sceaux, d’avoir enterré l’affaire en 2019 : « 8 ans de crimes, 4 500 mails, rien, pas un mot, pas un bruit. Ce n’est pas au ministre Machin de dire ce qu’il a à dire, dit Madame Belloubet qui a donc immédiatement bloqué l’enquête. Garde des sceaux, eh oui. Bien gardés on le voit. » Rappelons ici tout de même que Nicole Belloubet avait simplement indiqué que le Gouvernement ne pouvait plus donner d’instructions individuelles au Parquet. Le Parquet de Paris, nullement bloqué, a d’ailleurs ouvert une enquête sur l’affaire Epstein dans les jours qui ont suivi.

On est donc assez loin du simple jeu de mots malheureux. JLM nous dit, premièrement que la presse ment sur ordre du pouvoir et répercute ses procédures judiciaires contre les Insoumis, et deuxièmement que l’affaire Epstein a en revanche fait l’objet d’un blocage judiciaire et d’une mise sous le boisseau. C’est dans ce contexte que nous sommes invités à prononcer « Epstine », parce que « ça fait plus russe », donc troisièmement que les pouvoirs d’Etat orientent les citoyens de manière mensongère vers la piste d’un agent russe alors que quatrièmement la réalité est que ça se prononce « Epchtaïne », chacun le sait. Rappelons pour comprendre ce quatrième temps du raisonnement, non explicité, que cette tirade intervient alors que beaucoup d’Insoumis, en parallèle, lient Epstein non pas au FSB mais au Mossad.

Chacun ses marottes.

 

1er mars 2026, Gluxman

Ses finesses sur Epstine ayant provoqué un tollé, Jean-Luc Mélenchon en remet une petite couche. A Perpignan, au détour d’une phrase, il écorche le nom de Raphaël Glucksmann : « des saboteurs professionnels de la gauche, comme monsieur Gluxman. Glucksmann, pardon. Après, j’en ai pour des heures quoi. » Suit une petite pause pour permettre les applaudissements.

Sur X le lendemain, JLM déplore que « À l’initiative de l’extrême droite » on lui en fasse le reproche. « J’ai déformé par erreur beaucoup de noms dans ce discours : celui de notre candidat Mickaël Idrac, Violette Spillebout, Raphaël Glucksmann, Clinton et Trump. Celui de Glucksmann provoque des réactions alors même que j’ai rectifié sur le champ. » Il a buté sur des noms, comme il arrive souvent, mais il semble difficile de déformer par erreur le nom de Glucksmann de cette manière ; il n’avait d’ailleurs aucun mal à le prononcer correctement un peu plus tôt dans son discours. Ce genre d’humour sur les noms ne sert qu’à insulter les personnes concernées et il est rarement bienvenu. Quand en pleine polémique sur la prononciation d’un nom juif, ça retombe sur un nom juif, c’est ballot.

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