Superchrist

J’adore les films nuls et j’adore les super-héros. J’étais donc allé voir Superman en confiance, et si je n’ai pas été déçu j’ai été surpris. Il y a toujours derrière les bons super-héros une résonance avec un bon vieux dilemme. Spidey doit-il poursuivre ses études brillantes ou prendre un mi-temps pourri pour assumer la responsabilité de justicier qu’il se colle tout seul sur le dos? Quelle est la place pour des mutants dans l’humanité? Les X-Men peuvent-ils être comme tout le monde, doivent-ils se protéger, risquent-ils l’extermination? Doivent-il soumettre à leur joug ces foules décevantes?

Bon Superman de ce point de vue, il sert à rien. Il est trop super qu’ils ont dû lui inventer des faiblesses pipeau avec des bouts de rocher « glows in the dark » et question profondeur du personnage c’est un boy-scout avec un slip rouge. Sauf que là il n’a même plus de slip. Vous apprendrez au passage que le S sur sa poitrine ne veut pas dire Slip mais Espoir. Le film a donc cherché à sublimer le personnage, et là ça sublime à fond.

Superconno

Le scénar suinte la stupidité par tous les pores, au point qu’on se demande si les  scénaristes étaient drogués, si l’ordre des pages s’est mélangé dans la version finale du script, si la prod a décidé des scènes à filmer et a coupé dans l’histoire en fonction des besoins ou si c’est un pari de potaches.

Tout commence par un événement assez massif: l’explosion de la planète Krypton, dont les habitants ont épuisé les dernières réserves de gaz de schiste (fable écologique inside). Tout le monde le sait, le scientifique en chef, le général en chef, les politiques en chef qui sont bien emmerdés mais qui vont rien faire parce que c’est des politiques. Tout le monde le sait, mais personne n’ira vaguement agir en conséquence. Déjà se ruer sur les quelques vaisseaux interstellaires dispos à proximité pour se casser? Nul n’y songe. Ils pouvaient presque caser les images de World War Z dans Superman, ils ont raté l’occasion.

Ils ont des vaisseaux, des cuves de clonages, des systèmes de terraforming et une carte des planètes susceptibles de les accueillir. Genre une planète avec moins de gravité et un soleil jaune qui rend superfort, où on peut voler et porter des trucs lourds? Ben ils savent pas trop quoi faire. Evidemment ça limiterait la suite de l’histoire, mais on comprend que la civilisation se soit éteinte.

La mère de Kal’El refuse au dernier moment de se séparer de son bébé en l’envoyant sur Terre. Elle veut le garder parce que c’est trop dur pour le petit tout seul et pour elle aussi. Meuf, ça va péter et vous allez tous mourir, tu te rappelles?

Le général putschiste se fait chier à prendre le contrôle des politiques qui contrôlent plus rien alors qu’il pourrait aussi bien aller directement récupérer le Codex qu’il convoite (la base de donnée génétique de Krypton pour recloner tout le monde ailleurs) et se casser. En plus, manifestement il n’a qu’une dizaine de partisans et se fait arrêter par l’armée qu’il est censé commander. Après s’être grave fait latter la tronche par le binoclard en chef, qui a du faire les commandos d’élite dans sa jeunesse. Et la punition de Zod? Exil dans l’espace d’où il regarde péter la planète à l’abri pendant que ses juges se vaporisent comme des cons.

Sans faire la revue des imbécillités scénaristiques, j’ai bien aimé l’idée de balancer un berceau à turbodiesel sur un gros vaisseau pour créer un tout petit trou noir qui nique tout le monde mais pas la Terre. On se dit qu’avant de se rendre, Superman aurait pu aller poser la question à la mémoire holographique de son dabe, qui lui aurait filé la fiche anthropométrique de Zod et le tuyau sur le mini trou noir. Ca lui aurait épargné des angoisses morales, des heures de baston et la destruction de Metropolis.

Car des dilemmes moraux en cartons, c’est pas ça qui manque. Déjà, on va tous mourir sur Krypton, que faire? Pour Zod, il faut recloner les gens ailleurs. Pour Jor El (Superpapa) Zod n’a pas la légitimité morale pour décider de quelle lignée on sauve. Lui il l’a: on ne sauve que son fils (c’est le gentil, pour ceux qui ont des doutes).

Ensuite, Kal El / Clark est élevé par Normalpapa qu’a bien les pieds sur terre puisqu’il est fermier. Ce dernier semble un peu intellectuellement dépassé par sa tâche de père d’un extraterrestre dont on sait pas ce qu’il fout là. Déjà avec un ado c’est compliqué… Du coup, les conseils paternels sont parfois contradictoires. Un jour, tu seras le guide de l’humanité mais en attendant fait fermier on a toujours fait comme ça dans la famille. Dis rien à personne parce qu’un jour le temps viendra de tout dire, mais c’est pas encore les gens vont flipper. Cache ton identité, laisse se noyer tes petits camarades dans leur bus au lieu de les sauver parce que tu les as sauvé et maintenant ils flippent. Regardes moi mourir sans intervenir. Par contre n’oublie pas d’être un héros et d’aider les autres, tu as vu comment je suis mort pour sauver le chien?

Scène finale: Superman doit-il tuer Zod pour sauver une femme et sa fille ou bien ne peut-il se charger de ce péché ? Si tu veux que Superman te prenne en compte dans son dilemme moral, sois sous ses yeux et pas un des millions d’anonymes morts dans l’heure qui a précédé.

Superchrist

Mais allons au dur, au vrai sujet du film: Superman comme figure christique. Oui je sais, dit comme ça c’est bizarre, mais replaçons nous un instant dans le contexte culturel américain. Rappelons qu’un tiers des américains croient que la Bible est littéralement vraie, qu’un sur cinq croit que l’apocalypse arrivera de son vivant, que 15% seulement croient à une évolution naturelle des espèces sans intervention divine.

Ce qui m’a mis la puce  à l’oreille, c’est un dialogue surréaliste au milieu d’une baston: « Nous allons gagner, c’est nécessaire parce que nous sommes plus évolués, nous ne nous encombrons plus de compassion et l’évolution gagne toujours à la fin » dit la méchante. Ceci pourrait n’être qu’un échange mal écrit, mais on ne peut pas s’empêcher de noter qu’ils perdent  à la fin et que Superman gagne, en particulier parce que la volonté de protéger tout le monde lui a inspiré la force nécessaire (avec sa cape comme manteau de la vierge).

Or le débat sur la théorie de l’évolution se fait également sur an angle moral aux  USA. Le « survival of the fittest » s’oppose à l’amour pour son prochain et l’action charitable (dans la version pour les nuls). L’évolution est un processus sans coeur et n’est donc pas acceptable par nature.

Du coup je me suis un peu penché sur la symbolique du film, et là ça devient assez lourd: Le petit Kal El vient de l’espace et est adopté par un couple modeste sans enfants. Enfant de deux mondes, il est à la fois Superhéro et fermier du Kansas. Petit, il commence à manifester sa nature exceptionnelle et les autres enfants le rejettent. Mais il sauve les gens. Alors qu’on lui demande de se livrer (featuring Judas), il passe une journée dans le doute: « valent-ils que je me sacrifie pour les sauver? ». Puis se livre. Affaibli, blessé, endormi et destiné à mourir, il est sauvé par l’intervention spirituelle et holographique de son père et redescend sur Terre défoncer les méchants et protéger l’humanité avec les pouvoirs qu’il a acquis pendant son épreuve. Ah, et il a 33 ans. Et le S sur sa poitrine veut dire Espoir.

Trouvant ça un peu gros, je me livre à une recherche universitaire standard car l’exactitude scientifique est ma formation. Je tape « Superman Jesus » sur Google et là c’est le drame.

Le réalisateur vante la figure christique de Superman, la Warner met en ligne un site officiel d’aide aux sermons sur Superman pour les pasteurs, les curés de toute sorte débattent du rapport de Superman à la violence. On apprend au passage que les créateurs de Superman avaient plutôt visé Moïse, avec le berceau confié aux flots et le guide de l’humanité (en même temps ils étaient juifs).

Maintenant je comprends mieux pourquoi Superman m’a toujours fait chier.

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